F.V.A.T
FEDERATION VOILE-AVIRON

Le lancement de

"Val Maubuée"

Biographie
de
l'Amiral NIELLY

 


Discours de Monsieur Christian NIELLY
Lors du lancement de la yole de Bantry
« Val Maubuée »

Monsieur le Président,
Monsieur le Conservateur,
Mesdames, Messieurs,

Je me fais l’interprète de la famille Nielly et vous remercie très vivement d’avoir bien voulu faire participer à cette inauguration deux descendants directs de l’un des acteurs de la campagne d’Irlande de 1796. Votre invitation, nous permet non seulement de nous unir au but particulièrement noble de votre association, mais aussi de partager avec vous un souvenir qui pour nous, est particulièrement cher, car il touche au « héros » de notre famille, l’arrière-grand-père de mon grand père, le Vice-Amiral Baron Joseph-Marie Nielly.
Je ne retracerai pas pour ma part les désastreuses péripéties de la campagne qui ne vous sont pas inconnues, mais je veux, à travers ces quelques mots donner plus de présence à l’amiral qui commandait alors l’arrière garde de la flotte de l’amiral Morard de Galles et à travers lui, vous tracer un portrait de ces marins de l’an II.
Son navire "La Résolue" étant désemparé à l’entrée de la baie de Bantry suite à l’abordage du vaisseau "Le Redoutable", l’amiral Nielly ordonna le 24 décembre 1796 au lieutenant de vaisseau Proteau d’aller chercher des secours et des ordres avec la chaloupe du bord auprès de l’amiral Bouvet, alors chef de la force navale, l’amiral de la flotte n’ayant pas rejoint Bantry, la zone de débarquement du corps expéditionnaire. La yole du lieutenant Proteau fut jetée au rivage par la tempête qui faisait alors fureur, celui-ci fait prisonnier, sa chaloupe est depuis conservée en Irlande, et l’une de ses répliques est inaugurée ici aujourd’hui.
Dénué d’instruction, Joseph-Marie Nielly est formé à l’école de la guerre. Né à Brest en 1751, il embarque dès l’àge de 7 ans comme mousse sur le vaisseau "Le Formidable" sur lequel son père est pilote amiral. Il vivra un an plus tard à l’occasion de la bataille navale des Cardinaux en 1759, le traumatisme qui, je pense, le forgera pour la vie. "Le Formidable" recevra près de 800 coups de canons de la part de 15 navires Anglais et comptera près de 200 morts et 250 blessés parmi lesquels figure le jeune garde marine Lapérouse. On peut imaginer ce que put être l’affolement de cet enfant, alors qu’il est environné par la fumée, le bruit de la mitraille, le déchirement de l’air, les esquilles de bois qui volent en tous sens, l’odeur âcre de la poudre qui se mêle à celle métallique du sang, les cris des blessés et les râles des mourants. On peut aussi mesurer son effroi, découvrant soudain son père parmi les blessés, une partie de la face emportée d’un coup de mitraille. Prisonnier pour la première fois, Joseph-Marie est finalement échangé. On imagine la force morale qu’il possède pour ne pas concevoir pour autant, de haine féroce pour l’Anglais, alors qu’il le combattra néanmoins durant 44 ans.
C’est un homme audacieux et courageux. Après avoir transité durant quatre ans dans la marine de commerce, il revient dans la marine de guerre à 24 ans. Il est capturé une seconde fois par les anglais trois ans plus tard, la France étant à l’orée d’une nouvelle guerre avec l’Angleterre. Il s’évadera au bout de quelques mois, s’emparant d’un smack hollandais qu’il détourne vers la France Quelques années plus tard, dans la nuit du 21 avril 1782, les vents contraires obligeant "La Guyanne", qu’il commande, à rentrer en Manche, Nielly se retrouve tout à coup au milieu de l’escadre anglaise commandée par l’amiral Kemperfelt. Se voyant approché par le vaisseau amiral, il l’apostrophe en anglais, se fait passer pour l’un de ses subordonnés, et demande ses ordres. La liberté et la tranquillité des allures calment les soupçon et la méprise joue, ce qui lui permet de traverser la flotte anglaise et de rentrer triomphalement à St Malo. A 41 ans, il commande la flûte de transport "La Lourde". Il est chargé d’embarquer à son bord 150 tonnes de poudre de guerre à destination de Saint Domingues. Ne trouvant pas d’équipage, les matelots étant terrorisés à l’annonce du chargement, Joseph-Marie prendra alors à son bord ses deux fils aînés agés de 8 et 9 ans, inspirant ainsi confiance à l’équipage qu’il finira par trouver.
Il fera dans le même temps face à la Révolution, prenant conseil auprès de ses amis qui, comme lui sont confrontés aux mêmes tiraillements. Ils se font cette réflexion commune; « la sauvegarde et le bonheur de la patrie a été jusqu’ici le seul but de tous nos travaux et sera toujours l’objet de nos va.ux les plus ardents, comme la plus grande partie de leur félicité surtout en l’absence de notre Roi. Face à la situation de la France attaquée de tous côtés, nous estimons que le devoir est de répondre à la confiance qu’on nous accorde et de défendre de toutes nos forces l’honneur du pavillon et le nom de Français».
Energique et juste, il n’aura à faire face qu’une seule fois, en 1791, à une révolte d’équipage malgré les troubles qui sévissent gravement en France, y compris au sein de la marine. Par sa fermeté et sa prudence, il réussira à ramener son équipage dans le devoir. Lorsque 10 ans plus tard, alors qu’il est préfet maritime de Dunkerque et que l’absence de fonds gouvernementaux interrompt la construction de la flottille de Boulogne, il développe des trésors d’ingéniosité pour etre prêt dans les temps et réaliser ainsi les désirs de l’Empereur.
Contre-amiral à 42 ans, c’est un excellent marin. Il le prouve en particulier la veille de la bataille de Prairial en mai 1794, lorsqu’il retrouve la flotte française après une navigation en plein brouillard, passant par le même fait au travers de la flotte anglaise et rétablissant ainsi avec sa Division un rapport des forces jusqu’alors inférieur. Deux années plus tard, lors de la campagne d’Irlande de 1796 et à l’approche des côtes de Bear Island, il se rendra compte que la flotte française aux ordres de l’amiral Bouvet fait route beaucoup trop au nord de la baie de Bantry. Il en prévient l’amiral, mais ce dernier ne réagit qu’une heure plus tard, se rendant compte qu’il a effectivement confondu le Cap Clear avec Bear Island. Il est trop tard, les Français, vent de face, trop près de la côte et très nombreux, se gênent mutuellement dans les virements de bords. Il leur faut louvoyer durant 36 heures pour arriver en baie de Bantry. Trente six heures qui furent peut-être fatales à l’expédition.
Ayant au cours de sa carrière capturé 1 vaisseau, 2 frégates 1 corvette et plus de 300 bateaux marchands, Joseph-Marie refusa toujours les parts de prises qui lui revenaient et auraient fait sa fortune. Quittant le service actif en 1803 comme contre- amiral, il siègera au collège électoral du finistère. Il reçoit le titre de Baron en 1814 et le grade de vice-amiral honoraire en 1821. Après son décès survenu en 1833, son nom parcourra les mers durant 40 ans, à travers l’appellation d’un croiseur puis d’un cargo portant son nom, symbolisant d’une certaine façon, sa carrière au sein de la marine de guerre et de la marine de commerce. Une rue perpétue encore son nom dans sa ville natale.
Ainsi était cet homme pris avec la flotte française dans la tempête effroyable du 22 décembre 1796 qui durera cinq jours. Malgré toutes ses qualités de marin et de chef, il ne put rien contre les éléments déchaînés, sinon envoyer un canot chercher du secours et des ordres. Mais à toute chose, malheur est bon. Cette tempête eu des conséquences particulièrement positives à long terme: outre pour nous le très grand plaisir d’être parmi vous aujourd’hui, celui d’être à l’origine de l’Atlantic Challenge et du Défi Jeunes Marins 2000, enfin de donner naissance aujourd’hui à la «Val Maubuée».

 
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